Extrait de Le Voleur d'Étoiles


L'air est glacial en cette saison. Mais il ne le craint pas. Il longe les quais, comme chaque matin, indifférent aux morsures du gel et aux sifflements du vent. Seuls l'intéressent la blancheur du ciel et les reflets incertains de la rivière. Quel étrange monde, si proche et si loin de la réalité.
« Qu'il serait facile de s'y fondre… »
Mais pas aujourd'hui. Ce jour est trop attrayant pour l'abandonner si tôt. Ainsi, il reprend son errance silencieuse. Chaque jour, depuis des temps bien lointains, défilent devant lui routes et lampadaires tels des ombres perdues dans le chaos citadin. Il pourrait abandonner…
Tu aurais dû abandonner.
Mais il n'a toujours pas trouvé la réponse. Quelle en est la question ? Lui-même l'ignore. Mais il sait qu'autre chose l'attend encore ici. Dans la solitude d'une ruelle ? Au détour d'un pont ? Peut-être. Mais le destin le fait encore patienter, et il n'a d'autre choix que de recommencer encore et encore. Seul. Seul avec lui-même et cet être qui le visite parfois.
« Je n'ai pas de nom. Je n'ai pas de visage. Mon existence n'a plus de signification dès lors que cesse ta pensée. »
Dépasser le tribunal. Tourner à gauche. Longer le béton. Traverser. Longer l'eau. Traverser. Longer encore. Respirer. Monter. Une marche puis une autre. Contempler les nuages. Respirer. Continuer de monter. Voir le jour. Ignorer la douleur et… continuer. Tout semble si banal et pourtant… En ce jour, il sait qu'un changement se produira. Du moins, il l'espère. Mais l'hiver, toujours l'hiver. Et le sommet qui approche. Rien n'a changé finalement. La nuit n'en est que plus amère. Les rêves sont mauvais compagnons et il ne veut pas voir cet inconnu. Il préfère rester seul. Les jours défilent mais ne font qu'un. Les saisons…Quelles saisons ? L'hiver seul peut exister ici.
Et pourtant…
En ce matin, l'aube se réchauffe. Est-ce possible ? Les scintillements de l'eau se confondent aux étoiles. Le parfum des fleurs, le chant des oiseaux. Ils semblent lointains encore, et pourtant ils se rapprochent. Ses yeux, il ne peut s'en détacher. Quelque chose dans son regard lui dit que… Ou est-ce son sourire ? Tout se fond dans la douce lumière du réveil. Il ne possède ni artifice ni parure, mais sa présence suffit à défier la léthargie de ce monde.