Extrait de Et tant de choses encore...


— Oh, que de choses étonnantes et passionnantes, souffla t-il en se penchant vers moi. Des êtres extraordinaires et insolites, pleins de joie ou de cruauté. Lorsque je suis sorti de chez moi, j’ai commencé par errer dans des forêts où les arbres parlent et contrôlent le cours du temps, dans des endroits où les morts se relèvent pour danser avec les boucs et les démons, et j’ai croisé des monstres squelettiques qui s’enfuyaient lorsqu’un enfant se mettait à chanter.
Je tendis l’oreille, interpellé par de telles bizarreries ; il poursuivit, sur sa lancée :
— Plus loin, j’ai rencontré des hommes à la peau plus noire que de l’encre, qui se couvraient le visage de morceaux de bois peints en blanc, et dont les habits étaient tissés de perles. J’ai vu des êtres mi-végétaux mi-animaux frapper sur des peaux tendues pour agencer par la musique l’ordre de l’univers. Plus loin, les dieux ont la semblance d’hommes à têtes animales, ou bien se font tornades ou flammes éternelles pour apparaître aux vivants. Là-bas, le ciel est une femme penchée soutenue par quatre piliers ; là-bas, les esprits sont grimaçants et tourmentent les femmes enceintes.
Son regard étincelait, rempli de visions, et il faisait de grands gestes pour accompagner ses dires ; moi, je buvais ses paroles comme s’il s’agissait de la plus précieuse des liqueurs, et je tentais de me représenter les scènes qu’il me décrivait.